A l'occasion de l'assemblée générale de la SAAM, Philippe Brunella directeur du Musée de La Cour d'Or - Metz métropole a rendu hommage à Gérald Collot décédé récemment.

 

La SAAM a salué la mémoire et l'oeuvre de Gérald Collot directeur des Musées de Metz de décembre 1956 à janvier 1987

 

Eloge prononcé à l’Assemblée générale

de la Société des Amis des Arts et du Musée de La Cour d’Or

 

Philippe brunella

 

Monsieur Gérald Collot, conservateur honoraire des musées de Metz, Chevalier de la Légion d’Honneur et artiste-peintre est décédé le 11 octobre 2016 dans sa 90ème année. Il a travaillé et dirigé les musées de Metz pendant trente ans de décembre 1956 à janvier 1987.

Le musée de La Cour d’Or – Metz Métropole doit beaucoup à son ancien conservateur en chef et directeur M. Gérald Collot. Sa vie se déroule sur trois périodes importantes et égales de trente ans, la première marquée par sa formation, la seconde par son activité au service des musées de Metz et enfin la dernière dédiée à une retraite bien méritée à Courquetaine.

Gérald Collot, né le 22 janvier 1927 à Paris, est le fils du peintre Ernest-René Collot (1904-1955), critique d'art dans les colonnes du Figaro et auteur d'un ouvrage consacré aux peintres de l'École de Pontoise. Afin de poursuivre ses études, Gérald Collot et sa famille s’installent à Nancy, sa mère étant originaire de Lorraine. Il y prépare un baccalauréat scientifique de mathématiques, une licence de lettres en 1950 puis un diplôme d’études supérieures d’archéologie et d’histoire de l’art en novembre 1955, son mémoire porte sur Etienne Cournault (1891-1948), peintre et graveur lorrain.

La peinture a toujours habité Gérald Collot. Autodidacte depuis 1947, il présente ses œuvres dès 1950 à Nancy, puis à Paris en 1954, à Liège ou à Karlsruhe en 1956. Les expositions s’enchaînent, le succès est au rendez-vous tant en France qu’à l’étranger.

Sa production picturale sera constante jusqu’au terme de sa vie. Aucune exposition à Metz, il a toujours considéré que ses fonctions au sein  des musées  le rendaient juge et parti mais ses œuvres ont été appréciées ailleurs. Sa peinture non figurative s’est imprégnée de courants artistiques de la Seconde Ecole de Paris dans l’après-guerre, il s’est  alors lier d’amitié avec des artistes de renom. 

Gérald Collot a constitué entièrement, au musée, une collection d’art moderne consacrée à la nouvelle Ecole de Paris. Privilégiant, dans ses acquisitions, un style bien identifiable il s’est montré réceptif à une vision historiographique qui affirmait le renouveau de l’art français d’après-guerre. Peintre, avant de devenir conservateur, Gérald Collot aura été l’un des derniers représentants de ces conservateurs-artistes, nombreux pour avoir animé les musées français tout au long du XIXème et du début du XXème siècle.

De nombreux artistes sont ainsi entrés dans les collections publiques du musée de La Cour d’Or grâce à des expositions annuelles ou parfois des acquisitions difficiles, certains messins se montrant réticents sur les choix novateurs du directeur. Il faut relire les débats du Conseil Municipal pour comprendre l’obstination dont il a du faire preuve devant l’incompréhension de beaucoup.

Aujourd’hui les messins peuvent se féliciter de compter parmi les œuvres du musée de la Cour d’Or , Pierre Alechinski, Jean Bazaine, Jean Bertholle, Solange Bertrand, Roger Bissière, Christian Bizeul, Pierre Bonnard, Georges Braques, Alexander Calder, Marc Chagall, Roger Chastel, Eduardo Chillida, Etienne Cournault, Olivier Debré, André Derain, Dietrich-Mohr, Joe Downing, Eliane Drot-Gorse, Jean Dubuffet, Raoul Dufy, Maurice Estève, Léonard Fujita, Johnny Friedlaender, Antoine-René Giguet, Henri Goetz, Claude Goutin, Jacques Hallez, Marthe Hamue-Collot, Camille Hilaire, Elvire Jan, Paul Kallos, Frantz Kinnen, John-Frankling Koenig, Charles Lapique, Fernand Léger, Jean Le Moal, Karl Jean Longuet, Aristide Maillol, Alfred Manessier, Albert Marquet, Henri Matisse, André Minaux, Wilfrid Moser, Juana Muller, Louis Nallard, Pablo Picasso, Edouard Pignon, Jean-Pierre Pincemin, Mario Prassinos, Hans Reichel, Michel Reuter, Claude Rieger, Georges Henri Rouault, Ker Xavier Roussel, Victor-Joseph Roux-Champion, Maurice-Elie Sarthou, Anna Shanon, Pierre Soulages, Arpad Szenes, Tal-Coat, Antoni Tapies, Gérard Titus-Carmel, Erwin Trum, Raoul Ubac, Bram van Velde, Maria Elena Viera Da Silva, Jacques Villon, Henry de Waroquier, Claude Weisbuch, Lucien Vercolier, Claude Wetzstein, Robert Wogensky, Zao Wou-Ki.

Cette énumération, longue, m’a semblé nécessaire et indispensable afin de vous faire percevoir la richesse et la diversité de la politique d’acquisition de Gérald Collot. Et, en 2014 seulement, des œuvres de Gérald Collot sont parvenues dans nos collections à l’occasion de l’exposition « Regards sur l’Ecole de Paris ». Cette magnifique rétrospective, que l’on doit à Raphaël Mariani , a démontré toute la mesure du travail patient et opiniâtre entrepris par Gérald Collot. Il a, en ce sens largement contribué à l’éveil artistique des messins abordant des thèmes souvent audacieux, alliant parfois l’art pictural et la musique. Tous ses projets ont fertilisé le terreau culturel et artistique messin.

Cette politique volontariste a sans doute pesé dans la décision d’inviter le Centre Pompidou - Paris à venir s’installer à Metz. Nous devons saluer la pugnacité de Gérald Collot pour avoir  lutté et tenu bon malgré les frilosités messines face aux travaux d’ artistes non figuratifs. Il fallait faire évoluer nos concitoyens bien trop classiques et conformistes dans leurs choix et leurs goûts.

Les musées étaient, à l’origine, destinés à la conservation et à la présentation du très riche patrimoine mosellan et messin mais devaient aussi s’affirmer comme lieu d’expérimentation dans les domaines de l’art avant-gardiste. C’est également le cas en matière de musique, une autre passion de Gérald Collot. Il a organisé dans la salle d’animation ou dans le grenier de Chèvremont des concerts de musique contemporaine. Les œuvres d’Olivier Messiean ou de Pierre Boulez, pour ne citer qu’eux, ont été entendues dans les vénérables murs du musée. Une autre manière d’ouvrir largement les esprits et de croiser les cultures...

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